je ne suis pas un concept

« le lendemain, la psychologue du service me rend visite. Chaussures à petits talons carrés, jupe cintrée, blouse blanche, cheveux blonds tirés en chignon. Elle me demande comment je me sens ,  » psychologiquement ». Faute de mieux, je lui réponds que mon psychisme ressemble certainement à ma peau et à mes os, déchiré, cassé, tailladé. Mais encore ? Je me sens vivante, j’ajoute en tentant un sourire. Mais vraiment, comment vous sentez-vous? insiste-t-elle. Un silence, puis elle reprend. Parce que vous savez, le visage, c’est l’identité. Je la regarde, ahurie. Les idées s’entrechoquent dans ma tete, qui subitement surchauffe. Je lui demande si elle prodigue ce genre d’informations à tous les patients du service maxillo-facial de la Salepetrière. Elle hausse les sourcils, déconcertée. Je voudrais lui expliquer que je collecte depuis des années des récits sur les présences multiples qui peuvent habiter un meme corps pour subvertir ce concept d’identité univoque, uniforme et unidimensionnel. Je voudrais aussi lui dire tout le mal que cela peut faire, d’émettre un tel verdict lorsque, précisément, la personne en face de vous a perdu ce qui tant bien que mal, reflétait une forme d’unicité,et essaie de se recomposee avec les éléments désormais alter qu’elle porte sur le visage. »

croire aux fauves. Nastassja Martin. ed verticales

Ce texte résonne tellement pour moi , fait écho aux nombreuses scènes vécues en milieu hospitalier avec Maelle , ma fille porteuse d’une maladie orpheline…et à ma vie toute entière où dans le fond , la lumière crue du regard -analyse fait mal aux yeux de l’ame et les fait ciller…Quand la personne en face censée prendre soin ne sait pas etre proche et croit vous comprendre en vous rapportant à ce qu’elle connait, elle laisse inerte ou endormie, la part vivante de l’autre qui ne se révèle que si on veut bien prendre le risque de la relation, c’est à dire justement la reconnaitre autre, sans détourner le regard…ca demande de voir. voir sans devoir. comme le font les shamans , les fous et les enfants.

J’aime cette idée de présences multiples et je m’y reconnais. car si j’aime me sentir campée dans ma présence comme un arbre, je sens bien qu’il est peuplé de chouettes et de corbeaux, de fées et de fourmis, du vent qui le fait danser et de tous les arbres de la foret.

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